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"Noirs" de France : une étude statistique leur est consacrée pour la première fois

C’est une première en France : une étude sur les "Noirs". Le pays des droits de l’Homme n’est en effet favorable à aucune étude basée sur le critère racial, mais la démarche reste légale si elle est anonyme et consentie. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a franchi le tabou en commandant à l’institut de sondage français Tns-Sofres une enquête pour mettre en lumière les discriminations raciales.

Noirs de France : qui êtes-vous ? Si la première étude jamais réalisée sur cette population ne répond pas expressément à cette question, elle nous confirme, c’était son objectif, que les Noirs sont discriminés dans la société française. Ils sont 56% à se considérer « souvent, de temps en temps ou rarement » victimes de « discriminations raciales » dans leur vie quotidienne. Elles se manifestent par une « attitude dédaigneuse, méprisante ou irrespectueuse (37%), une agression verbale, une insulte ou des difficultés lors de l’achat ou de la location d’un logement (24%), des contrôles d’identité ou de police (23%), des difficultés dans les relations avec les services publics (22%) et le refus d’embauche (18%). Soixante-et-un pour cent affirment par ailleurs avoir été victimes de discriminations ces douze derniers mois. « Ces chiffres sont effrayants. Çe n’est pas quelque chose qui devrait exister dans le pays des droits de l’homme. », affirme Patrick Lozés, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) qui est à l’origine de cette étude réalisée par l’Institut de sondage français Tns-Sofres. L’organisation obtient la preuve matérielle de l’une des raisons qui constituent le pourquoi de son existence : la lutte contre les discriminations dont sont victimes les personnes, clairement identifiées par la couleur de leur peau.

« Quand on se compte, on compte »

« Nous avons initié cette étude, poursuit Patrick Lozès, pour qu’on ne puisse pas dire "quelle discrimination ? " lorsque nous évoquons la question, qu’il n’y a pas de problèmes parce qu’il n’y a pas de chiffres. » Autre chiffre important pour M. Lozès : 81% des Noirs qui vivent en France sont de nationalité française. « Cela démontre tout simplement que la raison pour laquelle ils sont discriminés est leur couleur de peau ». Leur éventuel statut d’immigrés n’entrerait donc pas en ligne de compte. « Nous avons posé le diagnostic, à eux (les politiques, ndlr) d’envisager les remèdes », conclut M. Lozès. Dans son livre Nous les noirs de France qui vient de paraître aux éditions Danger Public, le responsable associatif propose neuf propositions concrètes. On compte, parmi elles, la mise en place des statistiques sur la diversité afin d’évaluer les politiques publiques de lutte contre les discriminations. Il propose aussi de favoriser la création d’entreprises par des personnes issues de la diversité ou encore de faciliter l’accès des Noirs au logement. Ce que le président du Cran ne veut pas appeler discrimination positive vise, selon lui, à « donner les mêmes chances à tout le monde ». L’ambition du Cran étant de participer à la construction « d’une société plus juste où la diversité de la société française se voit à tous les niveaux. Quand on se compte, on compte. »

Le sondage a été mené du 3 au 23 janvier auprès d’un échantillon représentatif de 13 559 personnes âgées de 18 ans et plus sur l’ensemble du territoire français qui a conduit à un échantillon mécaniquement représentatif de 581 personnes noires âgées de 18 ans et plus. Le sentiment d’appartenance aurait été le critère pour les qualifier. La population noire en France a été estimée à 4%, soit deux millions de personnes en âge de voter. Une proportion qui paraît élevée au directeur de Sopi, Jean-Christophe Despres, une « une agence de communication multiculturelle œuvrant pour « la reconnaissance des diversités ». Selon lui, ce chiffre serait plutôt de 3%.

Une bonne étude ?

« C’est une étude a priori sérieuse, mes seules réserves concernent des détails méthodologiques, commente le patron de Sopi qui profite de l’occasion pour détruire un mythe. Mener des enquêtes sur des critères « ethno-raciaux » est une démarche légale à condition qu’elle soit anonyme et que la tenue de fichiers personnels soit consentie par les individus concernés. On sait, par exemple, qu’il y a une forte concentration de populations d’origine africaine dans les grands centres urbains, comme la région parisienne. Ont-ils par conséquent procédé à un redressement géographique, ont-ils tenu compte des CSP (catégories socio-professionnelle, ndlr) ? Le niveau de discrimination étant fortement corrélé au niveau de formation. Ces questions doivent être posées parce que l’expérience démontre que ses populations sont très mal connues des professionnels français du marketing et de la communication. »

Patrick Simon, responsable de l’unité Migrations et minorités à l’Institut national d’études démographiques (Ined), note pour sa part que c’est « une étude intéressante bien que la question de la méthodologie reste complexe parce qu’il n’existe pas de base de référence ». Elle serait constituée par exemple si le recensement national faisait état de cette appartenance raciale. Ce qui n’est pas, pour l’heure, envisageable en France. Aussi, il n’est pas possible de déterminer si l’échantillon final de 581 personnes est rééllement représentatif de la population sur laquelle on ne dispose d’aucune information chiffrée. Le démographe n’est pas non plus surpris par le chiffre de 56% avancé par le sondage Cran/Tns-Sofres qu’il trouve même en deçà d’une réalité qu’on aurait « tendance à minimiser ». « Compte tenu des témoignages que nous recevons, il n’est pas exclu que dans quatre ans, par exemple, ce chiffre atteigne 75% parce que les personnes victimes de ces situations en auront de plus en plus conscience. » Car ces dernières n’osent pas souvent en parler ou ne réalisent pas qu’elles sont victimes de discrimination raciale. « Un facteur persistant », dixit Patrick Simon, dans la société française.

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