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Les trois meurtriers du bébé de la République

Après l’émotion, l’inaction. Quelques mois et des semaines plus tard, l’affaire du bébé « volé » n’est devenue que l’affaire personnelle de Vanessa. Elle a perdu son enfant, mais a gagné une gloire (au sens de reconnaissance internationale de son combat) qui n’a duré que l’instant du positionnement des ONGs que l’on a connues à cette occasion, le temps de la satisfaction des appétits de combattants spontanés, chiens de garde autoproclamés de la morale publique.

Jamais les Camerounais ne s’étaient autant indignés, les réseaux sociaux étaient en ébullition pour ainsi dire, les éditoriaux rivalisaient d’inspiration, on a senti l’existence et la possible mobilisation du peuple camerounais. Tout le monde a été comme sommé de prendre fait et cause pour la jeune adulte, au risque d’être taxé d’ « insensibilité » ou de sympathies coupables avec l’Etat-RDPC… La photo de Vanessa était devenue un signe de ralliement… Si jeune qu’elle en est devenue si exemplaire, si exposée qu’elle en est devenue belle. Si belle que l’on s’est mis à fantasmer sur sa vie sexuelle.

En l’absence d’un coupable, tous responsables…

Au point que des journaux ayant contribué à rendre populaire sa cause ont viré leur cuti et une fois qu’il n’y a plus eu rien à dire sur ce bébé que l’on ne retrouvait pas, on s’est mis à affabuler sur des aspects de la vie de Vanessa les plus susceptibles de faire parler de ces journaux dont elle avait boosté les ventes.

La vie continue et Vanessa Tchatchou semble n’intéresser plus grand monde. Mais cette affaire a permis de mettre en évidence de graves dysfonctionnements dans la communication du gouvernement camerounais et une absence de solidarité entre ses membres. Qui fait qu’il y a une méconnaissance étonnante des dossiers de la part de certains ministres. Le ministre de la communication et la ministre des affaires sociales par exemple ont été abondamment moqués dans la presse, en raison de leurs balbutiements, voire de leur ignorance.

Fébrilité, mensonges, résultat des courses : le bébé de Vanessa a été tué par l’Hôpital gynécoobstétrique de Ngousso, le bébé a été tué par ceux qui ont voulu étouffer cette affaire, le bébé a été tué par ceux qui l’ont ressuscité, et se sont saisis d’une cause dont la noblesse les dépassait. Tant et si bien que des dividendes politiciens ayant été perçus, la cause s’en fut clopin-clopant, écartelée entre des intérêts aussi indécents que divergents. Le risque n’est plus une énième mort du bébé de Vanessa, mais la mort de Vanessa, jeune adulte dont on parle moins de la scolarité que de ses retraites dans des monastères. Ce n’est pas le bébé qu’on n’a jamais baptisé et dont on a jamais rien cherché à savoir qui a capté l’attention, mais Vanessa… Un peu comme si quand Andy et Erane avaient disparu, l’on ne citait plus que leurs parents. La victime principale, c’est le bébé de Vanessa, qui aurait dû devenir le bébé de la république. La starification de la jeune maman n’a pas forcément servi sa cause et a encore plus desservi le bébé.

Une comédie dramatique d’un nouveau genre

Lors de l’inauguration officielle du centre sous-régional des Nations unies pour la démocratie et les droits de l’homme en Afrique centrale de Yaoundé, le 13 juin 2002, par Mary Robinson, alors haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Bernard Stasi, qui a été médiateur de la république française, était présent et avait rencontré le président Biya. Celui-ci s’était montré intéressé par la médiature (en Amérique du Nord et dans la plupart des pays anglo-saxons, on dit Ombusdman), au point de confier à son interlocuteur français que la création d’une telle institution était envisagée au Cameroun.

Si cela avait été envisagé, jamais il n’en a été publiquement question. Mais l’on a vu prospérer des initiatives particulières, comme celle de Shanda Tonme, intellectuel ethnocentriste (voire davantage), qui se présente comme « médiateur universel » (pas moins !) et a fait sienne la cause de Vanessa, instrumentalisée, politisée, et aujourd’hui essoufflée. Le tour de force de pourrir une cause noble avec des moyens tortus.

Il est si pénétré de son nouveau rôle qu’il se plaint que l’attention commune soit actuellement portée sur des affaires de corruption (notamment l’inflation épistolaire qui fait fureur au pays de Roger Milla) au détriment de ce qui n’était initialement qu’un fait-divers, est certes devenu une affaire d’Etat, mais a manqué en raison peut-être de l’insincérité des différents acteurs de devenir une victoire du bien sur le mal. Au final, ça n’est désormais qu’une affaire judiciaire dont on doute qu’il sorte rien que l’on puisse se mettre sous la molaire.

L’affaire du « bébé volé » (c’est bien ainsi que l’on parle au Cameroun) est passée en coup de vent et il serait bien difficile de l’imposer à nouveau comme sujet de préoccupation majeur des Camerounais. Le combat pour son bébé est le combat d’une mineure camerounaise non encore émancipée, qu’on a évincé de sa propre cause pour lui substituer discours, sentences, et feux des projecteurs.

Qu’au moins les organismes internationaux qui se créent à la suite de cette affaire daignent par décence l’intégrer dans leur conseil d’administration. Ainsi Vanessa ne retrouvera peut-être pas son bébé, mais ne se fera-t-elle pas voler et évincer de sa propre cause. Ainsi saura-t-elle défendre la cause d’autres mères. Car Vanessa est la seule qui puisse nous parler de Vanessa. Toute l’agitation alentour n’est que folklore nuisible.

Juan Gomez et RFI, qui essaient de relancer l’intérêt médiatique de l’affaire et de donner un coup de pouce à cette noble cause endormie, seraient bien inspirés de mener des investigations journalistiques approfondies, de laisser travailler la justice, mais de ne surtout pas se contenter de hurler avec la meute. Les causes nobles, c’est joli, mais c’est aussi une technique de manipulation en vente. Alors, joli, joli, mais pour le coup les Camerounais ne sont plus acheteurs.

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