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Côte d’Ivoire : Le danger du blocage des prix !

Une nouvelle fois, la Côte d’Ivoire se lance dans une politique désespérée de contrôle des prix pour laisser penser que le gouvernement est dans l’action pour la sauvegarde des plus faibles.

Dans son article, KRAMO Germain, montre clairement que ce choix politique ne sera pas respecté mais est en plus foncièrement mauvais. Sachant que la demande est supérieure à l’offre sur les produits concernés, d’évidence les prix montent. Il faudrait plutôt que le gouvernement ivoirien cesse de protéger des monopoles d’importation, fasse des incitations fiscales, ouvrent à la concurrence. Bref, il faut des incitations et de la liberté, plus qu’un contrôle désespéré. D’autant qu’un prix imposé risque freiner la production et donc créer encore plus de rareté.

Dans sa stratégie de réduction du coût de la vie, le gouvernement ivoirien a décidé de plafonner, sur une période de six (6) mois, les prix et les marges du riz, du sucre, de la tomate concentrée, de l’huile de table et du ciment. Ainsi, la tonne de ciment CPJ 32.5 et CPJ 42.5 sera désormais vendue respectivement à 90 000 FCFA et 94 000 FCFA. Quant aux prix des différentes qualités de riz, ils varient de 15 350 FCFA à 19 850 FCFA pour le sac de 50 kg. Cette décision a été motivée par la volonté du gouvernement de mettre fin à la hausse incontrôlée des prix de ces produits et aux pratiques de spéculation. Mais cette approche permettra-t-elle au gouvernement d’atteindre le résultat escompté ?

S’il est vrai que cette mesure sera respectée dans les grandes surfaces de distribution, il est tout à fait légitime d’être dubitatif sur son effectivité et son efficacité dans les quartiers d’Abidjan et les villes de l’intérieur du pays où vivent les populations les plus vulnérables qui souffrent plus de la cherté de la vie. En effet, les prix de ces produits sont largement tributaires du niveau de la production, des capacités de stockage et des possibilités de transport des lieux de production à ceux de consommation. C’est donc sur ces variables qu’il faut agir pour espérer réduire le coût de la vie. En outre, l’insuffisance de moyens matériels et humains pour assurer le contrôle des prix et faire respecter cette mesure rendra le gouvernement incapable de faire appliquer le blocage des prix sur toute l’étendue du territoire. Le non respect du prix du gaz butane fixé par le gouvernement l’illustre si bien.

A la base, la hausse des prix est la conséquence de la supériorité de la demande sur l’offre. Par exemple la production locale de ciment est passée de 1 969 677 tonnes en 2012 à 2 520 000 tonnes en 2015 (Ministère de l’industrie et des mines) alors que la consommation est passée de 1 850 000 tonnes en 2012 à 3 000 000 tonnes en 2015. Cet excès de la demande par rapport à l’offre tire les prix vers le haut. Dans le cas du riz, la faiblesse de la production nationale crée aussi la dépendance du pays vis à vis de l’extérieur. En cas de hausse des prix à l’international, il sera difficile pour le gouvernement de maintenir le blocage des prix. A titre d’illustration, nous rappelons la crise alimentaire mondiale de 2008 dont les effets ont été durement ressentis en Côte d’Ivoire via l’inflation importée.

Par ailleurs, le blocage des prix rendra l’activité de production et de distribution moins attractive. Des prix bloqués artificiellement à un niveau pas suffisamment rémunérateurs, c’est-à-dire inférieurs au seuil de rentabilité, n’inciteront pas les producteurs à investir ou produire dans les filières concernées. Ils se tourneront vers d’autres marchés, ce qui va créer la pénurie dans les filières contrôlées. Comme conséquence, le déficit initial de l’offre va s’amplifier et renchérir ainsi les prix. On assistera donc à un renforcement de la spéculation via les anticipations. Tout principe de spéculation repose sur l’anticipation d’une rupture dans l’équilibre entre l’offre et la demande. En effet, sachant qu’ils vont payer plus cher demain, les consommateurs et les spéculateurs vont se ruer sur les denrées en question pour en acheter le maximum pour stocker. Un tel comportement va contribuer à perpétuer le déséquilibre entre l’offre et la demande et amplifier la hausse des prix.

De plus, la hausse des prix est aussi la conséquence de la multiplicité des acteurs dans la chaine de distribution. La multiplication des intermédiaires et le gonflement des marges conduisant à la hausse des prix. Il apparait plus qu’urgent de mener une réforme des filières concernées pour raccourcir les circuits de distribution afin de réduire les marges et contribuer à la baisse des prix.

Somme toute, pour une meilleure lutte contre la cherté de la vie qui est essentiellement due à une insuffisance de l’offre et à une violation des règles de la concurrence, il est indispensable d’accroitre l’offre, de réduire les coûts de production, de susciter la concurrence et de faire respecter les règles de jeu de la concurrence. Une augmentation de l’offre pour la rendre supérieure à la demande fera baisser les prix. Cela passe par l’ouverture du marché en supprimant les monopoles et les oligopoles pour stimuler la concurrence. Il faut briser le monopole détenu par certains opérateurs pour l’importation de certains produits comme le riz.

En outre, pour que la baisse des prix soit effective le gouvernement doit travailler à la baisse des coûts des facteurs de production tels que le capital, le travail, le foncier et l’énergie. Le coût de ces facteurs joue aussi un rôle important dans la fixation du prix par les entreprises. Par exemple, en ce qui concerne le secteur du ciment, le gouvernement a annoncé la mise en service de nouvelles unités de production d’ici 2018. Cela permettra d’amener les capacités de production nationale de ciment à 5 800 000 tonnes/an. Cette hausse de la production de ciment devra en principe faire baisser les prix. Mais si les coûts de production ne baissent pas, les prix du ciment ne baisseront pas non plus. Il est donc important de réduire la fiscalité afin de réduire les coûts de produire et ainsi contribuer à rendre du pouvoir d’achat aux Ivoiriens.

KRAMO Germain, analyste économiste.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

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